Les échos du Palais

Entendu à l'audience :

La présidente : "et vous faites quoi dans la vie à part pas respecter les lois et avoir des problèmes d'alcool?" 

Une défense brillante et imparable : "ce n'était pas un bar d'alcooliques mais un bar ou on boit des petits cafés".

La présidente : "bon et vous faites quoi? Vous êtes en invalidité? Oui bon ça se voit vous avez mauvaise mine"

Interrogatoire de la présidente : "vous aviez une arme a feu ds la voiture. Comme moi j'ai des mouchoirs, vous vous avez une arme a feu. Mais les armes à feu, ça part, ce sont les voyous qui en ont".

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Lu de la part d'un "potentiel" client :

Mon ami m'a conseillé vos services car "il vaut mieux un jeune aux dents longues qui a faim qu'un vieux lion repus vivant sur sa réputation".

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Entendu en audience :

"Bon Maître, dossier renvoyé. Madame le Greffier, notez : retrouver le dossier pour la prochaine audience".

"Bien Monsieur le Président, si mon client ne vient pas, je le représenterai. Ca lui évitera de dire des bêtises".

Un Avocat à son client : "mais tu es là toi ? Mais tu m'avais dit que tu venais pas !!!".

Bon le client est détenu et on est en matière pénale, présence obligatoire….

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J'aime passer des après midi ou des matinées en audience. D'une part, c'est très formateur, d'autre part, on entend toujours des bons mots, qu'ils soient prononcés par la Juridiction, le Ministère public, les Confrères ou les personnes.

J'ai passé mon après midi hier, devant l'une des chambres correctionnelles de la Cour et ai eu tout loisir, en attendant la suspension d'audience pour enfin avoir mon délibéré, d'écouter ces bons mots. Certains prêtent à sourire, d'autres à pleurer, d'autres au contraire, sont irritants.

Alors voici en vrac, quelques morceaux choisis :

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Il est 14 heures, le Président fait l'appel des causes, constate que toutes les escortes sont en retard, sauf une, que tous les avocats sont en retard (il y aurait un embouteillage dû à un accident sur l'autoroute…), bref que peu de dossiers sont prêts.

Il y a donc, à ce moment là, un seul détenu présent. Malheureusement, son Avocat n'est pas arrivé….

Président : et vous pensez qu'il viendra ?

Prévenu : oui.

Président : mais à quelle heure ?

Prévenu : ben …. 14 heures.

(soupir et regard du Président vers la pendule accrochée de l'autre côté de la salle, il est 14h20…).

Président : vous êtes sûr ?

Prévenu : oui oui.

Président : mais vous l'avez payé au moins ?

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Cette audience fut particulièrement fructueuse puisque, après avoir écrémé quelques dossiers, le Président dira, à un prévenu, détenu, mais dont l'Avocate a fait un aller-retour au Tribunal correctionnel:

"On est en manque d'Avocats, Monsieur. Elle a disparu votre Avocate. Elle est venue vous voir ? Oui, bon, c'est bien. Bon, Huissier, faites monter quelqu'un d'autre".

Ce prévenu, lorsque son dossier sera finalement évoqué, aura d'ailleurs cette explication justifiant l'appel qu'il avait fait :

"Je pense que la peine que j'ai pris c'est trop, par rapport à ce que j'avais. J'avais que 6 mois à mon casier, là, 4 ans, c'est trop".

Le Président soulignera tout de même l'état de récidive légale pour les faits commis.

Le prévenu répondra alors : "oui mais 4 ans, c'est trop quand même !".

Je soulignerai que son Avocate a tout de même réussi à obtenir la nullité de la procédure et le remise en liberté de son client….

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Un autre, à la classique interrogation de la Chambre tendant à savoir le pourquoi du comment de l'appel, a répondu ceci:

J'ai fait appel parce que je me suis mal défendu à l'époque, j'avais peur. Je ne suis plus le même homme aujourd'hui.

Président : Mais vous reconnaissez les faits ?

Prévenu : oui.

Président : vous êtes en récidive. Vous savez ce que ça veut dire?

Prévenu : oui.

Président : ça veut dire quoi ?

Prévenu : ça veut dire que je risque le maximum.

Président : non Monsieur, le maximum que vous risquez pour les faits commis, en récidive, c'est 20 ans. Mais le minimum prévu par la loi pénale, peine plancher, c'est 4 ans.

Bilan : 4 ans fermes.

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Prévenu : je ne comprends pas pourquoi mon Avocat a fait appel.

Président : ça c'est votre problème Monsieur, avec votre Avocat.

Avocat : ah non ! s'il y a eu appel, c'et qu'il y a eu des instructions. Je subis les affres d'un autre Avocat (NB : l'avocat choisi en appel n'était pas celui choisi devant le Tribunal correctionnel).

Ministère public (oui oui tout le monde s'en mêle): ben il n'a qu'à se désister.

Président : mais non Monsieur l'Avocat général, s'il se désiste de son opposition, c'est l'arrêt par défaut qui reprend !

Ministère public : non non, c'est que 5 mois avec sursis, ça lui allait comme peine.

Avocat : bon alors …

Résultat de ce petit marché : 5 mois avec sursis, chacun y étant allé à sa sauce et ayant prodigué de magnifiques conseils à ce prévenu qui ne savait plus au final où il en était !

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Un moment d'irritation quand même, pour mon Confrère qui a eu de très bons mots, et pour tous les Avocats confrontés à un tel problème.

Après l'instruction à la Barre, le Président donne la parole au Ministère public pour ses réquisitions.

Ministère public : application de la loi.

Avocat (très irrité et on peut le comprendre) : non mais c'est pas possible ça Monsieur l'Avocat général. Ca veut dire quoi application de la loi ? Moi je vais plaider la relaxe. … Il est très difficile de plaider quand on n'a pas de contradicteur. Pardon mais je suis agacé de ce non réquisitoire. Surtout que mon client risque 2 ans de peine plancher.

Passé ce moment d'irritation, mon Confrère aura également ce bon mot : "Parce que la règle c'est ça, parole contre parole, on ne condamne pas !" (parce que dans ce dossier, comme dans bien d'autres, c'était la parole de la victime contre celle du prévenu).

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Bilan de l'audience : toutes les peines ont été confirmées sauf une seule, aggravée, mais le seul interrogatoire fait par le Président laissait présumer de cette aggravation:

Président : vous êtes poursuivis pour trafic de stupéfiants en récidive. … Vous avez bénéficie, la dernière fois, d'une mise à l'épreuve pendant trois ans, et vous avez été placé sous surveillance électronique. Vous êtes de nouveau interpellé, avec le bracelet, pour les mêmes faits. Et le Tribunal vous condamne à une peine de trois ans dont un an assorti du sursis avec mise à l'épreuve. Il a été clément le Tribunal….".

L'avocat aura eu beau plaider que "ce n'est pas un Escobar de notre région, c'est un bébé de 22 ans", la Cour a décidé d'aggraver le sort de ce prévenu en le condamnant à 4 ans d'emprisonnement fermes.

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